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Nom du blog :
pahcommelesautres
Description du blog :
Tartempion
Catégorie :
Blog Humour
Date de création :
20.08.2007
Dernière mise à jour :
26.10.2009

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Histoire triste du veuf joyeux qui se finit bien.

Histoire triste du veuf joyeux qui se finit bien.

Publié le 21/08/2007 à 12:00 par pahcommelesautres
- T'en va pas, Manu !
- Tu m'emmerdes. Si j'reste, je vais te foutre mon poing dans la gueule.

Les rapports entre Manu et son père se résumaient à cet échange simple, ç'avait toujours été chaotique. On ne pouvait ni changer l'un, ni l'autre. Le mal était fait, comme on a tendance à le dire. Ah ! Que les rapports humains sont terribles parfois.
L'origine de la discorde entre les deux remontait à...à une simple échographie de la mère, celle qui déterminerait le sexe de l'enfant. Le père allait avoir un deuxième fils, c'était ainsi ; adieu chaussons et layette roses. Son enfant n'était même pas né qu'il le haïssait déjà, un monstre que cet homme-là..., soupirez-vous.
L'enfant né, le père naturellement, s'en désinteressa complètement (ou continua de s'en désinteresser), lui préférant son aîné, puis plus tard, son troisième enfant, une fille. Il grandit fourré dans les jupes de la mère, son père ne l'aimait pas, qu'à cela ne tienne ! Sa mère l'aimait comme deux, et il l'aimait tout autant, sinon plus depuis que le père négligeait la mère. Les deux rejetés formaient un clan, l'un pouvant toujours compter sur l'autre, et cela aurait pu durer encore longtemps si le coeur de la mère n'avait pas été aussi fragile. Un infarctus la faucha ; ses 50 ans n'étaient pas encore soufflés. Le fils ne tarissait pas de chagrin, à qui pouvait-il s'en prendre ? Aucun chauffard, aucun médecin incompétent dans l'histoire, comment faire un deuil sans bouc-émissaire ? Pourquoi lui avait-on pris sa mère ? N'en avait-elle pas assez bavé, ne méritait-elle pas de vivre paisiblement ? Un profond sentiment d'injustice commença à germer dans son esprit, si bien qu'il devint un révolté. Révolté de ne plus avoir de mère, révolté de n'avoir jamais eu de père.
Et la révolte atteint son paroxysme lorsqu'à peine six mois après l'enterrement, le père ramena sa greluche. Puis ces questions lancinantes : "Depuis quand ? Maman était-elle au courant ?" À peine le temps d'esquisser un semblant de réponse que déjà elle s'installe dans la maison familiale, que déjà elle bouscule tout ce que la mère chérissait, que déjà elle veut aller à l'Église...
Le frère et la soeur tentent de rassurer le vilain petit canard : "Il s'agit de notre père, il a bien le droit de refaire sa vie !" "Pas si vite, pas de cette manière, pas avec cette salope..." carillonnaient dans la tête de celui qui ne deviendrait jamais un cygne d'une blancheur aveuglante.
Ah ! qu'il se sentait seul. Que pouvait-il bien faire désormais, personne n'était là pour lui. Il traînait, ruminait dans les bars entre deux absinthes, il tuait ses neurones pour ne plus penser à rien. Il fallait juste que sa tête soit sur le point d'exploser pour qu'il se sente - enfin - bien. Surtout ne plus entendre les commérages qui se répandaient autour de lui, commérages qui traitaient principalement de son père, le futur marié...bien loin du triste veuf qu'on pourrait imaginer.
Fallait qu'il se ressaisisse, qu'il se prenne en main ! Une des premières choses était d'aller se faire désintoxiquer, loin, de la sorte il ferait d'une pierre deux coups : se dégoûter de l'alcool et oublier sa famille chérie. Le jour du mariage tombait pendant la cure, il n'était pas invité ; les fantômes n'avaient jamais eu leur place pour les jours de fêtes. D'après les échos entendus, la mariée défraîchie rayonnait de bonheur au bras de son époux, tout avait été parfait. Leurs billets avaient été pris pour le mois suivant direction La Réunion, le voyage de noces que sa mère avait toujours désiré. Manu était maintenant totalement sevré, il était devenu insensible à beaucoup de choses, il s'était déconnecté de sa réalité trop oppressante. Adieu alcool, bonjour médocs. Il ne se droguait pas, il prenait juste les ordonnances que les médecins lui prescrivaient. Il bossait dur, mangeait peu, prenait ses anti-dépresseurs et dormait, menant un rythme de vie mécanique. Malheureusement pour lui, tout mécanisme finit par se rouiller...
Des témoins l'avaient facilement reconnu, les supermarchés sont rarement déserts, il faut dire. Dans le journal le lendemain, un fait divers comme il y en a tant : au milieu des chiens écrasés et des résultats du dernier match de foot à domicile (ces cons d'autochtones n'avaient même pas réussi à gagner), une femme avait été tuée sur le parking d'un supermarché. Le coupable avait facilement avoué. En lisant les gros titres, on pouvait croire à une crime passionnel mais si on creusait un peu l'âme de l'assassin, on se rendait compte qu'il s'agissait d'un crime dépassionnel.

- T'en va pas, Manu !
- Tu m'emmerdes. Si j'reste, je vais te foutre mon poing dans la gueule.

Pour une fois que son père s'intéressait à lui ! C'était bien la première fois...et quelle fois ! Cette ordure lui avait demandé d'endosser le crime à sa place, "Tu sais, je suis vieux moi, je veux pas mourir en prison, tandis que toi tu picoles et t'es dépressif, t'as des circonstances ! Tu crèveras pas en prison, tandis que moi..." Un salaud reste un salaud.

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