Livres
Publié le 26/06/2009 à 04:15 par pahcommelesautres
"La paix a son prix, et il faut parfois brûler les ponts. Il y a déjà longtemps que Jack vit sans Monica. Longtemps aussi que Jack vit sans Jack, un peu. Mais on a beau enterrer les souvenirs, l'érosion fait son travail. Chercher le vent nous entraîne sur la route, la route sans destination, simplement parce qu'il faut bouger, parce qu'il prêter ses voiles au hasard."
Livre coup de coeur, qui vous fout un coup au coeur aussi.
Extraits :
"À mes parents,
pour les raisons d'usage,
et d'autres, surtout."
Un notaire. Le mot inspirait confiance : une variété inoffensive d'avocat. Un avocat dégriffé est forcément honnête. Bref, je n'ai rien lu. J'ai signé mon nom sous celui de Monica, six fois.
- T'as arrêté les médicaments, Tristan ?
- Qu'est-ce que tu crois...ça fait des mois.
- Pourquoi ?
- Tu veux vraiment qu'on ait cette conversation, Jack ?
- Non.
Parfois, à l'aube, il m'arrivait d'aller boire mon café au centre du lac nappé de brume, dans le canot. C'était une des sensations les plus étranges qui soient, comme une bulle hors du temps ; l'impression de flotter entre deux mondes, de ne faire, en vérité,
partie de rien. La paix la plus intense que j'aie connue, jusqu'à en devenir insupportable, comme frôler le néant, sentir sa caresse. ça me mettait dans un drôle d'état qui durait souvent le reste de la journée. Je ne faisais pas ça tous les matins.
- Qu'est-ce que tu veux comprendre, je suis malchanceux...
- Malchanceux ? N'importe quoi... Malchanceux, c'est quand tu te fais frapper par un autobus, bouffer une jambe par un ours ! Quand tu frappes quelqu'un avec un téléphone et qu'il porte plainte, ça n'a rien à voir avec la malchance...
Tristan était un peu pâle. ça m'amuse toujours de voir un citadin se rendre compte de la violence inhérente à notre condition de carnivores. Voir s'effriter ce joli monde imaginaire où la truite, le poulet, le boeuf, tout sourire, nous offrent gracieusement leur chair, sur fond d'ode à la grandeur de l'humanité. Tu pièges l'animal, tu tues l'animal, tu manges l'animal, point. Si ça pose problème, il y a toujours le brocoli, dont le regard n'est pas trop pesant. Tristan a quand même remis sa ligne à l'eau, histoire de ne rien me laisser voir de ce trouble.
to be continued.
Publié le 18/03/2009 à 12:00 par pahcommelesautres
Drôles de gens. De ceux qui ne laissent sur leur passage qu'une buée vite dissipée. Nous nous entretenions souvent, Hutte et moi, de ces êtres dont les traces se perdent. Ils surgissent un beau jour du néant et y retournent après avoir brillé de quelques paillettes. Reines de beauté. Gigolos. Papillons. La plupart d'entre eux, même de leur vivant, n'avaient pas plus de consistance qu'une vapeur qui ne se condensera jamais. Ainsi, Hutte me citait-il en exemple un individu qu'il appelait l' "homme des plages". Cet homme avait passé quarante ans de sa vie sur des plages ou au bord de piscines, à deviser aimablement avec des estivants et de riches oisifs. Dans les coins et à l'arrière-plan de milliers de photos de vacances, il figure en maillot de bain au milieu de groupes joyeux mais personne ne pourrait dire son nom et pourquoi il se trouve là. Et personne ne remarqua qu'un jour il avait disparu des photographies. Je n'osais pas le dire à Hutte mais j'ai cru que l' "homme des plages" c'était moi. D'ailleurs je ne l'aurais pas étonné en le lui avouant. Hutte répétait qu'au fond, nous sommes tous des "hommes des plages" et que "le sable - je cite ses propres termes - ne garde que quelques secondes l'empreinte de nos pas."
[...]
Une petite fille rentre de la plage, au crépuscule avec sa mère. Elle pleure pour rien, parce qu'elle aurait voulu continuer de jouer. Elle s'éloigne. Elle a déjà tourné le coin de la rue, et nos vies ne sont-elles pas aussi rapides à se dissiper dans le soir que ce chagrin d'enfant ?
Publié le 29/09/2008 à 12:00 par pahcommelesautres
Quelques livres, des tas de pages, mais surtout la page 123 :
1) Pauvre marionnette à fils, assise sur le couvre-lit comme une poupée de foire gagnée à un stand de tir, Guignol, un bras étalé et une paupière tombée, regardait droit devant lui - oeil cyclopéen fixe sur un visage de porcelaine ovale. Ses lèvres en pétales de rose n'étaient plus trémières mais carminées de fièvre.
Jean Teulé - Darling
2) Pour prix de l'amour le plus tendre, le plus respectueux, le plus vrai, vous me rejetez loin de vous. Vous me parlez enfin de votre haine...Quel autre ne se plaindrait pas d'être traité ainsi ? Moi seul, je me soumets ; je souffre tout et ne murmure point ; vous frappez et j'adore. L'inconcevable empire que vous avez sur moi vous rend maîtresse absolue de mes sentiments , et si mon amour seul vous résiste, si vous ne pouvez le détruire, c'est qu'il est votre ouvrage et non le mien.
Choderlos de Laclos - Les liaisons dangereuses
3) Tout craque, amour et beauté, jusqu'à ce que l'oubli les jette dans sa hotte pour les rendre à l'éternité. Il aimerait se saouler d'alcool mais ça revient cher et quant à l'acte de chair, c'est une autre histoire à la longue usante. Drôle de musique que cette gymnastique qu'on dit amusante. Et le rébus de ses pensées tourne au charivari.
Il n'y a plus de saison, on a cassé l'arc-en-ciel, plié la neige.
Jean Teulé - Le magasin des Suicides
4) C'est pour ça que les hommes ont reçu des mains : pour pêcher et gratter derrière les oreilles, me dit-il avec bonne humeur en s'attaquant à son repas. Il avait déjà avalé tout rond les viscères des miens.
Fais attention aux arêtes, fis-je.
Ma mère m'a élevé près d'une frayère de saumons rétorqua-t-il. Les arêtes ne me dérangent pas.
Robin Hobb - Le poison de la vengeance (tome 5)
5) - Là-bas...le voilà, là-bas !
- Là-bas où ?
- Là...non, plus à droite, voilà, là...
- Je le vois ! Je le vois, nom de Dieu.
- Trois mâts !
- Trois mâts ?
- C'est un trois mâts, vous ne voyez pas ?
- Trois ?
Alessandro Baricco - Océan Mer
6) Le lendemain il lui redemanda les clefs, et elle les lui donna, mais d'une main si tremblante qu'il devina sans peine tout ce qui s'était passé.
- D'où vient, lui dit-il, que la clef du cabinet n'est point avec les autres ?
- Il faut, dit-elle, que je l'ai laissée là-haut sur ma table.
Charles Perrault - Barbe-Bleue
7) L'image des deux femmes s'imposa de nouveau. A chaque enquête, la même sensation le tenaillait. La pression de l'investigation éveillait ses sens, lui intimait une sorte de chasse amoureuse, brûlante, fébrile. Il ne tombait amoureux que dans cette urgence criminelle : des témoins, des suspects, des putes, des serveuses...
La brune ou la blonde ?
Jean-Christophe Grangé - Les rivières pourpres
Publié le 21/08/2007 à 12:00 par pahcommelesautres
"Mais je tiens pas tellement à être heureux, je préfère encore la vie.
Le bonheur, c'est une belle ordure et une peau de vache et il faudrait lui apprendre à vivre. On est pas du même bord, lui et moi, et j'ai rien à en foutre. J'ai encore jamais fait de politique parce que ça profite toujours à quelqu'un, mais le bonheur, il devrait y avoir des lois pour l'empêcher de faire le salaud. Je dis seulement comme je le pense et j'ai peut-être tort, mais c'est pas moi qui irais me piquer pour être heureux. Merde. Je ne vais pas vous parler du bonheur parce que je ne veux pas faire une crise de violence, mais Monsieur Hamil dit que j'ai des dispositions pour l'inexprimable. Il dit que l'inexprimable, c'est là qu'il faut chercher et que c'est là que ça se trouve.
La meilleure façon de se procurer de la merde et c'est ce que le Mahoute faisait, c'est de dire qu'on ne s'est jamais piqué et alors les mecs vous font tout de suite une piquouse gratis, parce que personne ne veut se sentir seul dans le malheur. Le nombre des mecs qui ont voulu me faire ma première piquouse, c'est pas croyable, mais je ne suis pas là pour aider les autres à vivre, j'ai déjà assez avec Madame Rosa. Le bonheur, je vais pas me lancer là-dedans avant d'avoir tout essayé pour m'en sortir."
Signé Ajar, ce roman reçut le prix Goncourt en 1975.
Histoire d'amour d'un petit garçon arabe pour une très vieille femme juive : Momo se débat contre les six étages que Madame Rosa ne veut plus monter et contre la vie parce que "ça ne pardonne pas" et parce qu'il n'est "pas nécessaire d'avoir des raisons pour avoir peur". Le petit garçon l'aidera à se cacher dans son "trou juif", elle n'ira pas mourir à l'hôpital et pourra ainsi bénéficier du droit sacré "des peuples à disposer d'eux-mêmes" qui n'est pas respecté par l'Ordre des médecins. Il lui tiendra compagnie jusqu'à ce qu'elle meure et même au-delà de la mort.
24 heures de la vie d'une femme, de Stefan Zweig.
Il écrit merveilleusement bien, on sent une sensibilité à fleur de peau. Mais ses longues phrases avec foule de détails m'agacent (peut-être, sans doute, parce que j'en suis incapable), m'endorment. Pourtant, je connaissais l'animal ; je m'accrochais au début de la phrase mais, j'ai décroché un bon paquet de fois. Je ne compte plus les phrases que j'ai relues deux fois, cinq fois, dix fois, c'est...désagréable. En quelques mots, c'est une histoire d'amour à travers des mains et du Jeu (de vilains). Une veuve anglaise cherche à sortir un jeune homme de la tourmente d'un casino (royal, comme intrigue) parce qu'elle est tombée en émoi devant ses mains. Elle, qui n'attend pourtant plus rien de la vie, se met à espérer à cause d'une paire de mains qui, selon une théorie de son feu mari, résument l'âme de son possesseur.
C'est un livre trop fin, qui se dévore avec beaucoup de faim. (peu abordable)
Publié le 21/08/2007 à 12:00 par pahcommelesautres
- La jeunesse est la seule chose qui mérite qu'on la possède. (Dorian Gray)
- La société pardonne parfois les criminels, mais elle ne pardonne jamais les rêveurs.
- J'aime parler de rien, c'est le seul domaine où j'ai de vagues connaissances.
Publié le 21/08/2007 à 12:00 par pahcommelesautres
Jean-Yves Ferri & Manu Larcenet.
Le retour à la terre
2. LES PROJETS.
Elle veut un bébé, lui un potager. Quel consensus adopter ?
3. LE VASTE MONDE.
Et finalement, Mariette est enceinte au grand dam de Manu, le futur papa angoissé.
4. LE DÉLUGE.
Il ne fait pas très beau aux Ravenelles.
"Ce sanglier n'est-il pas le symbole de ce père absent que tu cherches ?
Réfléchis Coeur-Pur : N'es-tu pas à ton père par le sang lié ? ... Sang lié...Sanglier !"
Publié le 21/08/2007 à 12:00 par pahcommelesautres
Jean-Yves Ferri & Manu Larcenet.
Le retour à la terre
1. LA VRAIE VIE.
Un couple de citadins s'installe à la campagne...pour y vivre de fabuleuses aventures.
Publié le 21/08/2007 à 12:00 par pahcommelesautres
Des doigts qui glissent sur une couverture, d'un air songeur.
La surface plane, qu'on touche comme une bête curieuse, ne bronche pas.
Elle sait que c'est là son heure de gloire ; bientôt elle sera retournée, puis vilainement oubliée. L'attente...180 pages ou 320, deux jours ou 5 mois.
Et à nouveau cette couverture, regardée d'un oeil différent cette fois-ci. Elle n'a plus aucun secret à cacher, on sait tout. Elle est une fois de plus vaincue, et n'a plus que le droit à un triste sort : on l'écornera, la ternira, l'entâchera...déchirure.
Tu ne couvriras plus rien.
- Comment va la douleur ?
Un délice s'il en est.
Rencontre de deux personnages aux caractères opposés.
Un crétin solaire et un éradicateur de nuisibles.
Un style piquant, qui sait tout faire : nous faire sourire, nous émouvoir, nous faire rire...
Et, pour ne rien vous cacher, une très jolie couverture, sobre à souhait.
Un coup de coeur.
"Dieu existe, mais il n'avait pas cette tête de Père Noël furax qu'on lui prête ordinairement. D'abord, c'était une femme, noire."
- Givrée
Une histoire d'am...de tendresse cernée de réfrigérateurs.
"Tout cela peut paraître négligeable au regard de la vie. Comme la littérature au regard du monde. Comme toutes les formes de commentaire au regard du réel. Et pourtant."
- En attendant le roi du monde
"Qu'allons-nous donc pouvoir foutre ?"
C'est précisément à cette question que répond le livre.
Roman picaresque, au pays des morues et cie.
La bonne surprise innovante : le petit speech au début de chaque chapitre qui étale les mots-clef du chapitre et qui prêtent, le plus généralement, à sourire.
Grand éclat de rire grâce à la phrase de Pépé : "J'ai rêvé que vous me foutiez dans le Tage, toi et ton imbécile de pote !"
"L'ennui ronge tout, la liberté s'est prostituée."
- Présent ?
Moyennement apprécié au début de ma lecture, ce livre pose trop de questions, un brin agaçant. Un style d'écriture que je n'aime pas particulièrement, je ne saurai pas expliquer ce qui me déplaît, peut-être ses accumulations de mots trop poussées parfois...
Au final, une auteure magistralement empathique, qui nous convainc de s'accaparer ses personnages. Émotions.
"Avec les mots on devient."
Publié le 20/08/2007 à 12:00 par pahcommelesautres
POZZO (soudain furieux). - Vous n'avez pas fini de m'empoisonner avec vos histoires de temps ? C'est insensé ! Quand ! Quand ! Un jour, ça ne vous suffit pas, un jour pareil aux autres il est devenu muet, un jour je suis devenu aveugle, un jour nous deviendrons sourds, un jour nous sommes nés, un jour nous mourrons, le même jour, le même instant, ça ne vous suffit pas ? (Plus posément.) Elles accouchent à cheval sur une tombe, le jour brille un instant, puis c'est la nuit à nouveau. (Il tire sur la corde.) En avant !
[...]
VLADIMIR. - Alors on y va ?
ESTRAGON. - Allons-y.
Ils ne bougent pas.
RIDEAU
Samuel Beckett - En attendant Godot.